
« Qu’aurons-nous livré au 31 décembre ? » C’est la première question que je me pose en arrivant, mi-septembre, dans la délégation régionale d’un grand groupe BTP. Je remplace un DSI parti. Et personne ne peut me répondre, faute de plan Q4 DSI.
Les projets existent. L’équipe de quinze personnes travaille dur. Mais sans comité de pilotage ni jalon daté, impossible de savoir ce qui arrivera à temps.
Ce trimestre-là m’a appris une chose. Le T4 ne se joue pas en décembre, mais dans les trois premières semaines d’octobre. Voici la méthode, semaine par semaine.
Pourquoi votre plan Q4 DSI se joue en trois semaines
Faites le calcul. Entre les ponts de novembre, les congés de fin d’année et le gel des mises en production, il vous reste environ neuf semaines utiles. C’est court. Chaque semaine perdue en octobre ne se rattrape pas en décembre.
En parallèle, la DG prépare le budget N+1. Elle attend donc deux choses de vous : livrer ce qui a été promis et justifier ce que vous demanderez l’an prochain. Les budgets IT progressent, certes. Gartner prévoit ainsi une hausse de 14,2 % des dépenses IT mondiales en 2026, largement tirée par l’IA. Mais plus d’argent sur la table, c’est aussi plus d’exigence sur les résultats.
Je ne reviens pas ici sur l’intérêt d’un quarter plan : je l’ai détaillé dans un article dédié. Ici, on parle du comment, appliqué au dernier trimestre.
Semaine 1 du plan Q4 DSI : l’état des lieux sans complaisance
La première semaine sert à voir clair, pas à décider. Je classe chaque sujet dans trois colonnes : livré, en cours, à arrêter. En pratique, la troisième colonne est toujours la plus difficile à remplir. C’est aussi la plus utile.
Si vous avez réalisé un bilan de mi-année en juin, bonne nouvelle : vous disposez déjà d’une base solide pour avancer.
Dans cette délégation, les chiffres posaient le décor. Près de 7 000 tickets traités sur l’année. Deux jours et demi à trois jours en moyenne pour en résoudre un. Plus de 120 To de données à gérer. L’équipe, elle, était réactive, soudée, avec des process rodés. Autrement dit, le run tournait bien.
Les trois signaux qui m’ont alerté
Pourtant, trois signaux m’ont fait dire que le trimestre allait déraper.
- Une forte adhérence entre production et projets. Les mêmes personnes géraient les incidents et les projets. Chaque urgence volait donc du temps aux chantiers en cours.
- Une comitologie absente. Sur plusieurs projets, ni comité projet ni comité de pilotage. Résultat : aucune visibilité sur les jalons.
- Deux entités sans objectif commun. Elles communiquaient peu et avançaient chacune de leur côté.
D’autres signaux, plus discrets, complétaient le tableau. La documentation infra était obsolète.La connaissance de l’infrastructure reposait sur un seul collaborateur.
Pour objectiver tout cela, j’ai croisé trois outils simples : un SWOT par entité, une grille de compétences et des entretiens individuels. Mon diagnostic complet a pris un mois et s’est conclu par un rapport d’étonnement. Avec le recul, les décisions qui protègent le trimestre peuvent être posées bien avant. C’est tout l’enjeu des deux semaines suivantes.
Semaine 2 : prioriser les projets IT du plan Q4 DSI
La deuxième semaine, on arbitre. Ma règle est simple : trois priorités maximum pour le trimestre. Tout le reste passe en file d’attente ou s’arrête.
Pour trier, je range chaque projet dans l’une de ces trois familles :
- Les priorités du groupe à décliner localement. Par exemple, la fin de vie de Windows Server 2016 ou l’uniformisation du réseau. Elles sont rarement imposées, mais il ne faut pas rater le train.
- Les obligations de sécurité et de conformité. ISO 27001, RGPD, plan de reprise d’activité : ici, pas de négociation.
- Les initiatives locales. C’est là que se trouvent les meilleures idées. C’est aussi là que se trouvent les meilleurs candidats au report.
Ce tri évite un piège classique : traiter toutes les demandes au même niveau. En mission, j’ai vu des DSI perdre des mois parce que chaque métier pensait que son projet était le plus urgent.
Séparer le run du build
Ensuite, je règle la question de l’adhérence entre production et projets. Concrètement, je désigne qui protège la production et qui avance sur les projets. Ce n’est pas une question de technologie, c’est une question de capacité. Tant que la même personne répond au support et pilote une migration, la migration perd.
Enfin, chaque priorité reçoit un indicateur de réussite. Si vous suivez déjà des OKR et KPI alignés sur la stratégie, rattachez-y vos trois priorités. Vous parlerez ainsi le même langage que votre DG.
Semaine 3 : verrouiller votre plan Q4 DSI avec la DG
La troisième semaine, on verrouille. Quatre sujets, pas un de plus.
Budget et capacités
Côté budget, je repars de l’historique : ce qui relève de l’Opex, ce qui relève du Capex, et la capacité d’investissement réelle. La question à poser est directe : que doit-on réduire pour financer les trois priorités ?
Côté capacités, la grille de compétences devient précieuse. Elle montre qui peut faire quoi. Surtout, elle révèle ce que personne ne sait faire.
Jalons et comitologie
Sans comité, pas de jalon. Sans jalon, pas de pilotage. Je recommande donc une comitologie légère : un point projet hebdomadaire de 30 minutes par priorité, puis un comité de pilotage mensuel. C’est peu. Pourtant, c’est ce qui manque le plus souvent.
Le message à la direction générale
Je présente ensuite le plan Q4 DSI sur une seule page. Trois priorités, leurs jalons, le budget associé et ce qui a été arrêté. Oui, ce qui a été arrêté. C’est souvent ce que la DG retient, car c’est la preuve que la DSI arbitre.
Dans cette mission, j’ai aussi posé une question à l’équipe : voulons-nous être une DSI d’exécution, une DSI proactive ou une DSI cœur de métier ? Cette question a changé le ton des échanges. On ne parlait plus de tickets, mais de trajectoire.
Les pièges de fin d’année DSI à anticiper
Même avec un bon plan, le T4 réserve des surprises. Voici celles que je vois revenir à chaque mission.
- Le gel de fin d’année. Toute mise en production prévue après mi-décembre devient risquée. Avancez vos jalons en conséquence.
- Les congés. Deux semaines de capacité réduite, souvent sur les profils clés. Prévoyez des binômes.
- Le budget N+1. Il se prépare pendant que vous livrez. Bloquez du temps dédié, sinon il sera construit dans l’urgence.
- Les projets groupe imprévus. Ils arrivent en cours de trimestre. Gardez une marge de capacité pour les absorber.
- La perte de connaissance. Après des départs, l’information s’évapore vite. Une documentation à jour vaut toutes les réunions de passation.
Lancer votre plan Q4 DSI dès lundi matin
Vous n’avez pas besoin d’un cabinet de conseil pour lancer votre roadmap T4. En revanche, il vous faut trois semaines de discipline. Voici votre point de départ :
- Listez tous les projets ouverts dans un seul tableau, avec leur statut réel.
- Repérez qui, dans l’équipe, travaille à la fois sur la production et sur les projets.
- Vérifiez quels projets n’ont ni comité ni jalon daté.
- Choisissez trois priorités et assumez ce qui glisse au T1.
- Réservez un créneau avec votre DG à la fin de la troisième semaine.
Dans ce grand groupe BTP, ce travail a débouché sur une feuille de route 2026 découpée par trimestre. Il a aussi produit un plan d’actions en quatre axes (budget, process, organisation, infrastructure) et une nouvelle organisation des deux équipes.
Un quarter plan, ça ne s’improvise pas. Mais votre plan Q4 DSI, lui, se construit en trois semaines.
La question que tout DSI devrait se poser en ce début d’octobre : si le trimestre s’arrêtait aujourd’hui, qu’auriez-vous vraiment livré ?
Vous abordez le T4 avec trop de projets ouverts et pas assez de bande passante ? Parlons de votre situation. Réserver un entretien avec un DSI de transition



