Quinze collaborateurs, deux entités, plus de 2 000 utilisateurs. Et une équipe encore secouée par le départ brutal de son DSI. Voilà le décor d’une récente prise de poste DSI, dans la délégation régionale d’un grand groupe BTP.
Le périmètre figurait dans le brief de la mission. La tension, elle, n’y figurait pas. Beaucoup de non-dits, un besoin urgent de renfort, deux profils externes qui ne correspondaient pas aux attentes.
Dans ce contexte, la tentation est forte de tout changer dès la première semaine. C’est pourtant le meilleur moyen de perdre la confiance de l’équipe. Voici la méthode que j’applique, semaine par semaine.
Pourquoi les 30 premiers jours décident de votre prise de poste DSI
Un nouveau DSI est observé dès son arrivée. L’équipe se demande s’il va tout bousculer. Les métiers attendent de voir si leurs projets vont enfin avancer. La DG, elle, veut savoir si elle a fait le bon choix.
En pratique, ces trois publics se font un avis en quelques semaines. Ensuite, cet avis bouge peu. Il suffit de relire les missions du DSI décrites par le Cigref pour mesurer l’étendue du rôle. Personne ne maîtrise tout cela en un mois. En revanche, on peut comprendre en un mois où l’on met les pieds.
C’est pourquoi je m’engage sur des jalons précis. Un rapport d’étonnement à J15 et un diagnostic à J30. Puis un cadrage des objectifs à J45 et une feuille de route à J50. J’ai déjà décrit ce qu’il faut attendre du démarrage d’une mission de transition. Ici, je vous donne le calendrier.
Semaine 1 de votre prise de poste DSI : écouter avant de diagnostiquer
La première semaine d’une prise de poste DSI, je ne décide rien. J’écoute. Je rencontre d’abord mon donneur d’ordre, puis chaque membre de l’équipe en entretien individuel, puis les principales directions métiers.
Ces entretiens servent à comprendre les attentes. Ils servent aussi à faire baisser la tension. Après un départ brutal, l’équipe a besoin de parler. Elle a surtout besoin de sentir que le nouveau venu n’arrive pas avec un plan déjà écrit.
Ce que les entretiens m’ont appris
Dans cette délégation, deux constats sont ressortis très vite. D’abord, les deux équipes n’étaient pas traitées de la même façon. Ce sentiment d’injustice nourrissait les non-dits.
Ensuite, l’information circulait mal. Les techniciens géraient le quotidien sans connaître l’architecture ni les accès à certains serveurs. Toute cette connaissance reposait sur une ou deux personnes. Autrement dit, un seul départ pouvait fragiliser la production.
La question que tout nouveau DSI devrait se poser à la fin de la semaine 1 : qui détient vraiment l’information dans mon équipe ?
Semaine 2 de la prise de poste DSI : cartographier l’existant
La deuxième semaine, je passe des personnes aux dossiers. Projets en cours, contrats, incidents, budget, dette technique : je veux une vue d’ensemble, même imparfaite.
C’est souvent là que tombent les surprises d’une prise de poste DSI. Dans ce grand groupe BTP, j’ai découvert des contrats à signer pour l’année suivante. J’ai aussi trouvé des services payés alors que plus personne ne s’en servait, et des serveurs allumés sans usage.
Le test des serveurs éteints
Pour ces serveurs, j’ai choisi une méthode simple. Je les ai fait éteindre, sans les supprimer, et j’ai attendu que quelqu’un se manifeste. Personne ne s’est jamais manifesté.
Ce petit test en dit long. D’une part, l’inventaire n’était plus à jour. D’autre part, une économie rapide reste possible sans risque, à condition de garder une porte de sortie.
À J15, je rassemble ces premiers constats dans un rapport d’étonnement. Ce n’est pas encore un diagnostic. C’est une photographie honnête, partagée avec mon donneur d’ordre avant d’aller plus loin.
Semaine 3 : le quick win qui vous rend du temps
On conseille souvent de viser un quick win visible par les métiers. Pour ma part, je cherche d’abord celui qui me rend du temps.
Dans cette mission, l’urgence était le staffing. Faute de renfort, je courais partout pour combler les manques de l’équipe. J’ai donc fait du recrutement ma première priorité.
Une fois l’équipe au complet, le quotidien a été absorbé dans de bonnes conditions. Surtout, j’ai enfin pu me consacrer à la feuille de route, aux priorités et à la visibilité donnée aux métiers.
Trier l’urgent et l’important
Pour arbitrer, j’utilise la matrice d’Eisenhower. Chaque sujet passe dans l’une des quatre cases : urgent et important, important mais pas urgent, urgent mais secondaire, ni l’un ni l’autre. Ainsi, le bruit du run ne se confond plus avec les vraies priorités.
En parallèle, je pose mes rituels : des one-to-one et une réunion d’équipe régulière. Les règles tiennent en trois points. On communique entre nous, on donne de la visibilité sur l’avancement et on alerte dès qu’une difficulté apparaît.
Semaine 4 : le diagnostic de prise de poste DSI devant la DG
À J30, je présente mon diagnostic. Il tient en quatre parties : les objectifs de la mission, le constat, l’état des projets en cours et les axes de travail.
Le constat s’appuie sur des outils simples. Quelques chiffres clés par entité : utilisateurs, tickets, serveurs, volume de données. Un SWOT par équipe. Enfin, une grille de compétences qui montre qui sait faire quoi, et surtout ce que personne ne sait faire.
Les projets en cours, le sujet que la DG attend
Pour une DG, c’est souvent la partie la plus attendue d’une prise de poste DSI. Elle ne veut pas seulement savoir comment va l’équipe. Elle veut savoir ce qui sera livré, quand et à quel coût.
Je reprends donc chaque projet engagé avec la même grille. Où en est-il vraiment ? Quel est le prochain jalon ? Quel risque pèse dessus ? Quelle décision j’attends de la DG ? Continuer, recadrer, décaler ou arrêter : chaque projet repart avec un statut clair.
Dans ce grand groupe BTP, « délivrer les projets en cours » faisait partie des six objectifs de ma mission. Les chantiers ne manquaient pas : décommissionnement de serveurs de fichiers, migration de la téléphonie, remplacement de serveurs obsolètes. En revanche, le suivi faisait défaut. Pas de tableau de bord, pas de chef de projet côté métier, et les mêmes personnes sur la production et sur les projets.
C’est là que les entretiens de la semaine 1 prennent tout leur sens. Je sais ce qui compte pour les métiers et pour mes donneurs d’ordre. Je peux donc proposer des priorités crédibles, puis négocier les échéances plutôt que de les subir.
J’y ajoute une question qui change souvent le ton de l’échange. Voulons-nous être une DSI d’exécution, une DSI proactive ou une DSI cœur de métier ?
Du diagnostic à la feuille de route à 90 jours
Le diagnostic n’est pas la feuille de route. Je prends ensuite deux semaines pour cadrer les objectifs avec mon donneur d’ordre, puis je présente une feuille de route. Elle détaille les actions des 90 prochains jours, puis les grands chantiers par trimestre.
Dans cette mission, le plan d’actions s’organisait en quatre axes : budget, process, organisation et infrastructure. C’est ce travail qui a permis, ensuite, de sécuriser la fin d’année avec un plan Q4.
Prise de poste DSI : les 3 erreurs qui coûtent la confiance
Vouloir tout changer tout de suite
Un nouveau DSI veut montrer qu’il agit. Pourtant, réorganiser avant d’avoir compris envoie un message terrible à l’équipe : ce que vous faisiez ne comptait pas. Après un départ brutal, c’est le pire signal possible. Le changement viendra, mais au bon moment ; j’explique comment conduire le changement en mission dans un article dédié.
Se noyer dans le run
Le quotidien absorbe tout. Si vous passez vos journées à combler les absences, vous ne pilotez plus rien. C’est précisément pour cette raison que j’ai staffé l’équipe avant de m’attaquer à la feuille de route.
Oublier les métiers
Une prise de poste DSI ne se joue pas seulement dans la DSI. Il faut comprendre ce qui compte pour les métiers, pour vos donneurs d’ordre et pour les projets déjà engagés. Ensuite, il faut communiquer et négocier les échéances.
Dans cette mission, c’est ce dialogue qui a apporté de la réassurance et recréé de la confiance. Pour aller plus loin, voyez comment renforcer la proximité avec les métiers au quotidien.
La check-list de votre prise de poste DSI
☐ Semaine 1 : entretiens avec le donneur d’ordre, chaque membre de l’équipe et les directions métiers. Aucune décision structurante.
☐ Semaine 2 : inventaire des projets, contrats, services, serveurs et du budget. Rapport d’étonnement à J15.
☐ Semaine 3 : un quick win qui vous rend du temps, un tri urgent / important, des rituels d’équipe posés.
☐ Semaine 4 : diagnostic à J30 présenté à la DG : chiffres clés, SWOT, grille de compétences et revue des projets en cours (statut, jalon, risque, décision attendue).
☐ Après J30 : cadrage des objectifs à J45, feuille de route à 90 jours à J50.
Prise de poste DSI : aller vite, sans se précipiter
Une mission de transition, comme toute prise de poste DSI, impose d’aller vite. Mais vitesse ne veut pas dire précipitation. Je cite souvent Fred Brooks : neuf femmes ne font pas un bébé en un mois. Une équipe qui reprend confiance non plus.
La question à vous poser avant lundi : qu’avez-vous prévu d’écouter avant de décider ?
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